mardi 28 juin 2022

LA TUNISIE A L’AUBE DU BEL-AÏD DE LA LAÏCITE ? !

 La déclaration du doyen Sadok BELAÏD est jetée, dans la mare tranquille de la Constitution tunisienne : « Supprimer la référence à l’Islam dans l’article 1 », ceci nous change du sempiternel « Tawafok » (consensus) politiquement correct islamo-moderniste crédo d’une certaine élite intellectuelle et politique depuis 2011.

Le divorce entre Etat et Religion est une affaire compliquée, fastidieuse et souvent à risque dans des contrées comme la nôtre.

LAÏCITÉ A "GEOGRAPHIE" VARIABLE ?

Il est généralement admis que la laïcité se définit comme étant« une conception et une organisation de la société fondée sur la séparation de la religion et de l'État ».

Essayons de voir dans quel espace géographique, pour quelle raison et de quelle manière ce théorème peut-il s’appliquer ?

Commençons par la championne du monde dans ce domaine : la France. Comme on le sait, le port du foulard est interdit dans les écoles conformément à la loi 1905 gardienne de la laïcité dans tout l’Hexagone, sauf…. en Alsace - Moselle. Là l’histoire a voulu que l’Etat Français établisse un " Concordat " qui l’engage administrativement et financièrement auprès des autorités religieuses des quatre cultes observés par la population.

Allons un peu plus loin, l’Italie. Dans la grande majorité des écoles, le crucifix trône sur le mur au-dessus du tableau en pleine classe. L’Etat italien ne considère pas la croix de Jésus comme un signe religieux mais « un symbole positif de la culture et du patrimoine national ne portant pas atteinte à la liberté de conscience des élèves ».

Beaucoup plus loin, au Québec. Vous pouvez arborer le signe religieux qui vous plaît sans problème en application du principe de « l’accommodement raisonnable ». L’Etat canadien considère qu’un pays multiculturel se doit d’être Neutre et Intégrationniste.

Ce petit tour d’horizon à travers quelques régions du monde de la laïcité prouve qu’elle est à géographie variable car obéissant à des contraintes historiques, sociales et culturelles particulières.

Notre laîcité,  celle d’Hier, d’Aujourd’hui et de Demain :

Nous sommes souvent en présence non pas d’UNE laïcité, pure et dure, mais d’un  processus de  laïcisation  de la société impliquant des acteurs, des enjeux et des stratégies différents : Belaïd, le professeur de droit imprégné de la  tradition de l’université française moderniste a de la laïcité une conception différente de celle de K. Saïd, conservateur,  populaire et musulman et de celle du parti Ennahdha et celui de Karama, lesquels se veulent  gardiens et gestionnaires de l’orthodoxie musulmane, ou encore de celle de l’élite « tawafokiste » composée de modernistes tenants de la conciliation avec l’islam politique ou celle de nous autres "laïcistes" qui sommes pour la séparation totale de l’Etat et de la religion musulmane, juive ou chrétienne.

Sur un plan historique, nous sommes nombreux à être au fond de nous-mêmes laïcs tout en faisant preuve de prudence et quelque part de finasserie. En effet, notre corps à corps avec la laïcité ne date pas d’aujourd’hui. Il remonte au choc colonial quand on a eu à négocier notre islamité tunisienne avec la modernité dans de multiples face à face : kouttab versus école, franco-arabe, jebba versus costume européen, nationalistes  versus "Mtournine" (renégats).

La laïcité nous a tellement déstabilisés que nous ne lui avons jamais trouvé la traduction adéquate. On s’en est sorti avec le vocable « 3ILMANIYYA » dont l’ambiguïté étymologique dénote parfaitement nos hésitations idéologiques. A-t-il pour racine 3ALEM (le monde) ou 3ILM (la science) ? Ajoutons à cela que si vous dites aujourd’hui : je suis 3ILMANI ; 90% de vos interlocuteurs comprendront ATHÉE.

JURIDISME ET ISLAMISME

Pour la seconde reprise depuis la révolution, un président de la République remet le destin des Tunisiens entre les mains d’un juriste de renom : Si Sadok BELAÏD.

Je trouve personnellement que le juriste octogénaire adopte une démarche à la fois sympathique et empreinte d’une grande simplicité : "supprimer le lien entre l’Etat et la religion musulmane correspond à mon avis en tant que spécialiste et ma conviction personnelle est la suivante : c’est au président de se décider et au cas où ma proposition n’est pas retenue je retournerai dans mes appartements". On tranche radicalement avec le conclave de ces juristes suffisants et arrogants qui se considèrent comme étant les seuls dépositaires exclusifs des droits de l’homme et de la démocratie tunisienne. Par les temps qui courent, l’opportunisme politique des uns le dispute à l’obscurantisme scientifique des autres. Certains parmi-eux devraient avoir la décence d’opérer un examen de conscience, s’ils en ont encore une.

QUE FAIRE ?

C’est la question posée par un grand révolutionnaire qui a ajouté par la suite : « Il y a des décennies où rien ne se passe et des semaines où des décennies se réalisent » (V.I. Lénine).

Plus de 6 décennies sont passées depuis la promulgation de l’article premier de la constitution et seulement 1 mois nous sépare du 25 juillet.

Le choix de ceux qui ont à cœur à vivre dans une Tunisie républicaine, au sein d’un Etat laïc tout en étant attaché à leur patrimoine et leur culture, est tout à fait clair : D’abord, un soutien inconditionnel à la proposition de Belaïd. Ensuite si le Président, fort de la popularité dont il jouit, lui donne son aval, notre pays ferait un pas décisif vers la laïcité.

Toutefois, cela n’est qu’un premier pas. Encore faudrait-il expliquer et convaincre, que la séparation entre l’Etat et la religion n’est nullement une négation ou une atteinte à l’Islam, que cette même laïcité constitue une barrière constitutionnelle face à l’instrumentalisation de l’Islam à des fins politiciennes. Et, n’oublions pas de rappeler que les tunisien-ne-s ont dit le 25/07/2021 leur dernier mot à ce sujet.

Des voix s’élèveront certainement contre la mécréance et les "kouffars " parmi les défenseurs de l’Islam politique dans ses versions soft et hard. Ils trouveront certainement un écho favorable dans la fraction « tawafokiste » et quelques transfuges de gauche qui représenteraient pour eux une sorte de "planche de salut".

Espérons que durant les jours à venir le train de l’histoire de la Tunisie les déposera sur le quai de la gare, les laissera là où ils continueront à végéter et que la laïcité fêtera bientôt un BEL – AÏD !

samedi 16 avril 2022

L’E-ISTICHIRA ELECTRONIQUE : 3 REMARQUES ET 1 QUESTION

L’E-istichira nationale est close et ses résultats publiés.

Cette initiative du Président de la République inaugurera un mode d’investigation original de la perception de l’avenir politique de la nation par les tunisien-ne-s.

Elle a certainement pour objectif de rompre avec le processus de la transition de 2011 pilotée par le triumvirat : F. Mbazzâa – feu Caïd Essebsi – Y. Ben Achour. Une transition annoncée par Ben Ali dans son discours du 13 janvier 2011, lequel lui a conféré sa LEGALITE sans LA LEGITIMITE requise du peuple tunisien.

Etant donné que la consultation est sensée construire l’avenir politique de notre pays à court et moyen terme, il est important de l’évaluer au regard de quelques règles essentielles à respecter dans ce mode opératoire.

La lecture du questionnaire de l’Istichara et les réponses obtenues suscitent, à mon avis, 3 remarques:

Remarque 1 : QUESTIONNAIRE MARATHONIEN ET SUPPORT NUMERIQUE SELECTIF 

La consultation comporte 32 questions dont 30 à choix multiples. Elle exige au moins 30 minutes dans le cas d’un remplissage rapide.

La norme dans ce type d’investigation est de se limiter à une durée d’environ 10 minutes faute de quoi on risque de rebuter les participants.

En outre, choisir un support numérique n’encourage point la participation. Il tend au contraire à sélectionner les répondants sachant que l’usage et l’accès à l’internet sont limités à une certaine catégorie de tunisiens.

Le choix du numérique et la longueur kilométrique du questionnaire ont certainement influé sur la cible réduite à 530.000 personnes, ce qui correspond à un taux de 6% de la population totale.

Le piège dans ce type d’investigation de A à Z, sur les problèmes, les aspirations des tunisiens c’est qu’on est tenté de poser des questions sur tout et à propos de tout. On aboutit à un questionnaire ″ panoramique″ qui repousse les répondants par manque de temps et d’intérêt.

De même le volume impressionnant de questions proposant des listes de 6 et 11 réponses crée de la confusion ce qui pousse le citoyen à choisir les premières réponses dans la liste pour faire vite.

Remarque 2 : LES FORMULATIONS FLOUES ET LES TERMES COMPLIQUES

La formulation des questions et les expressions usitées sont fort importantes car ils influent sur le type de réponse obtenue et l’interprétation qui en est faite.

Question 1.6 : « L’Etat seul prend en charge l’organisation des affaires religieuses ? »

La réponse à cette question ″oui″ veut dire, dans mon cas, s’occuper de la construction et de l’entretien de lieux de culte. Pour mon voisin, musulman conservateur ou obsucurantiste, c’est un ″oui″ pour un Etat qui vieille à l’observance stricte des règles religieuses par les citoyens. L’ambiguïté de l’expression « organisation des affaires religieuses » favorise une confusion de ce type.

De même, l’emploi des termes tels que « développement durable, dérèglement climatique, équipements d’infrastructure » etc., fait que l’épicier du coin ou l’ouvrière agricole ne saisissent même pas le sens.

Lorsqu’on veut s’adresser à des millions de tunisiens et être compris par eux, il vaut mieux éviter les termes de spécialistes que les citoyens ordinaires pourraient ne pas comprendre. 

Qu’on se rappelle les polémiques et les controverses suscitées par la constitution de 2014 et ses formules alambiquées à propos de l’Etat et de l’Islam. IL aurait été préférable dans cette consultation d’adopter des expressions simples, claires et précises.

Remarque 3 : UNE OPINION N’EST PAS UNE CONVICTION

La question 1.1 relative au « régime politique souhaité » a enregistré 86,4 % d’opinions favorables au régime présidentiel. Faut-il en conclure qu’un retour au régime présidentiel à la place du régime parlementaire est la solution à la crise politique actuelle que connait la Tunisie ?

Une telle interprétation est erronée car la réponse est biaisée par un facteur conjoncturel. En 2022 et après des années de spectacle tragi-comique de l’ARP ne peut donner que ce résultat. Mais, la même question posée en 2010 aboutirait au résultat contraire : une majorité pour le régime parlementaire pour se débarrasser de Ben Ali et de sa dictature.

C’est dire avec quelle précaution il faut manipuler les réponses à des questions portant sur des choix idéologiques, politiques et stratégiques. Un sondage fournissant une opinion majoritaire ne reflète pas la conviction ni le choix dans l’absolu des tunisiens à propos du régime politique souhaité pour des décennies. Construire une alternative à la crise actuelle nécessite un débat démocratique large et fiable.

L’ISTICHARA « BASE » DU DIALOGUE NATIONAL

Concernant l’Istichara, il n’est pas question de jeter ″ le bébé avec l’eau du bain ″ comme s’évertue à le faire les nostalgiques du ″ Système du 24/07 ″ et ″Tawafok ″ islamo-moderniste installé en 2011 par la Haute Instance.

La consultation électronique doit être contextualisée. Il faut l’aborder en tant qu’opinion d’une frange des tunisiens aux interrogations ou préoccupations de la plus haute autorité de l’Etat.

De ce fait elle ne peut jouir de l’exclusivité dans un dialogue national. L’UGTT avec plus de 700.000 adhérents, ou toute autre organisation de la société civile sont également tenues par les motions et résolutions de leur congrès. Autant de documents qui ne peuvent qu’enrichir le dialogue et lui assurer sa diversité et sa représentativité.

Espérons enfin que le Président Kais SAIED tournera définitivement la page du dialogue des ″élites de 2011″ et son côté obscur qui a généré une transition au népotisme, à la corruption et au terrorisme.

Il faut rappeler à la ″Tunisie d’en Haut″ que la CREDIBILITE des élites est intimement liée à leur EXEMPLARITE. Aujourd’hui, la Tunisie a à sa tête un président dont les qualités morales et la sincérité, sont susceptibles d’assurer la transparence et la pertinence du processus d’un vrai dialogue national.

Une Question se pose et s’impose : Verrons-nous en 2022 un dialogue respectueux avec une participation large et organisée des associations pour répondre à l’appel des tunisiens du 25 Juillet ?

Croisons les doigts !

 

jeudi 24 février 2022

DR SLIMANE BEN SLIMANE : l’homme qui préférait l’Ethique à la Politique

 

Nous sommes le 25 Février 1986, une foule d’un millier de personnes, hommes et femmes, dont quelques agents de la police politique, s’est regroupée au cimetière du Djellaz pour un dernier adieu au Dr Slimane Ben Slimane.

Il n’est pas sûr que des jeunes et des moins jeunes aient en mémoire le nom de cet homme qui a pourtant consacré la majeure partie de sa vie à défendre la Tunisie et l’idée qu’il s’en faisait.

Rien d’étonnant à cela puisque l’histoire officielle et les hagiographes de Bourguiba n’avaient pas ménagé leurs efforts pour jeter dans les oubliettes le combat de Dr Slimane Ben Slimane, qui fut un vrai Zaïm du Néo-Destour, un des premiers défenseurs d’une Tunisie démocratique et des mouvements de libération algériens, congolais et vietnamiens.

Ceux qui avaient connu Ben Slimane ou entendu parler de lui ont toujours été frappés par la personnalité et la singularité de l’homme.

Si aujourd’hui, le voile est levé sur la figure de Ben Slimane et son rôle dans la lutte pour l’indépendance et dans le mouvement progressiste et démocratique tunisien, cela revient pour l’essentiel à la publication en 1989 de ses Souvenirs politiques.

 

S. BEN SLIMANE : DE ZAGHOUAN À SADIKI PUIS À PARIS

Le Docteur Slimane Ben Slimane est né le 13 février 1905 dans le village de Zaghouan. Fils d’un petit épicier analphabète, il a dû batailler pour que son père se décide à l’inscrire à l’école primaire, « l’école des infidèles » et non à l’école coranique.

Habitant le quartier déclassé du village, « Hofret Trabelsya », il poursuit ses premières années d’études avec pour seul soutien « une mida (table basse traditionnelle) et une bougie ».

A la fin des études primaires, il doit faire face à une déception : il échoue au concours d’entrée au collège Alaoui et doit renoncer ainsi à s’inscrire au Collège Sadiki, faute de possibilité d’hébergement à Tunis. De retour à Zaghouan, il travaillera, entre autres, dans une minoterie et aux abattoirs. Il ne passera le concours d’entrée au collège Sadiki que l’année suivante pour être admis enfin comme interne.

Pour faire face aux difficultés matérielles de la famille et assurer en partie les frais de ses études secondaires à Tunis, Ben Slimane s’est engagé comme interprète au Contrôle civil de Zaghouan pendant les grandes vacances, ce qui lui rapporte quelques subsides pendant ses années de lycée. Sa participation aux mouvements de protestation des élèves de Sadiki contre l’administration française entraînera automatiquement la fin de son contrat de travail. Ainsi les moyens matériels manquaient et seule la volonté de Ben Slimane et l’argent que lui procurait son frère ainé Ali autant que possible, avaient évité à Ben Slimane l’abandon de ses études.

Après des études secondaires mouvementées au collège Sadiki, Ben Slimane partait en 1925 en France. Il y préparait et obtenait son Baccalauréat en Mathématiques en 1927 tout en travaillant comme surveillant d’internat.

Il choisit de suivre des études de médicine – non pas pour les avantages sociaux et matériels que le métier de médecin procure – mais pour avoir la liberté de militer et la possibilité à la fin d’exercer son métier partout et en tout temps en cas de répression. 

La course d’obstacles qu’avaient représentée les études pour Ben Slimane, était sans répit. Ayant participé à des actions de protestation d’étudiants étrangers à Paris, il était renvoyé de la Cité universitaire du Boulevard Jourdan en novembre 1930. Il s’est adressé alors à « l’Association des Etudiants Musulmans Nord-Africains » pour une aide financière.

Des origines villageoises modestes et une lutte acharnée pour poursuivre et réussir ses études contre vents et marées, avaient largement contribué à forger le caractère de Ben Slimane.

S. BEN SLIMANE : L’ÉTOILISTE

C’est dans le Paris des années 30 caractérisé par le bouillonnement d’idées de droite et de gauche que Ben Slimane adhérait à l’Etoile Nord-Africaine (ENA) et à l’Association des Etudiants Musulmans Nord-Africains (l’AEMNA).

Les associations maghrébines de l’époque et leurs dirigeants subissaient les vicissitudes historiques tenant aux orientations infléchies tantôt par ceux qui rêvaient d’indépendance tantôt par ceux qui espéraient la victoire du socialisme.

Malgré un profil politique binaire, dont il ne se départait pas, Ben Slimane se gardait de s’immiscer dans les luttes de leadership, parfois fratricides, au sein de l’ENA.

 

 

S. BEN SLIMANE : LE NÉO-DESTOURIEN

Les études de médecine terminées, le Docteur Slimane Ben Slimane rentrait au pays en 1936 et participait au Congrès du Destour de la rue du Tribunal de 1937 au cours duquel il est élu membre du Bureau Politique.

Le 4 avril 1938, il est arrêté par la police française à Souk El Arba en compagnie de Youssef ROUISSI lors d'une tournée d'agitation dans la région du Nord-Ouest en vue d'appeler la population à la désobéissance civile. Les événements sanglants du 9 avril 1938 se sont soldés par l'arrestation de toute la Direction du Néo-Destour et sa condamnation lors du procès instruit par le fameux Colonel de Guérin de Cayla.

L’incarcération de Ben Slimane, en compagnie de tous les dirigeants néo-Destouriens, à Téboursouk puis au Fort Saint- Nicolas de Marseille avait duré 5 longues années de 1938 à 1943.

A partir de 1949 surgissaient de profondes divergences entre le Docteur Slimane Ben Slimane et Habib Bourguiba, au sujet des « alliances stratégiques » du Parti. On était en pleine guerre froide, Bourguiba défendait l'idée qu'il fallait se ranger du côté du bloc occidental, alors que Ben Slimane prônait un certain neutralisme.

Et c'est à la suite de sa participation à une réunion du Mouvement de la Paix, organisation Internationale proche du bloc socialiste, qu'il allait être exclu du Bureau Politique et du Néo-Destour et ce en mars 1950.

S. BEN SLIMANE : L’OPPOSANT À BOURGUIBA

Au lendemain de l'indépendance, et malgré les tentatives de Bourguiba en 1959 de lui conférer des responsabilités au sein de la nouvelle administration et de l'Assemblée Nationale, il s’y refusa n'adhérant plus à aucun parti et choisit de faire un itinéraire au sein de l'Opposition Tunisienne en tant que personnalité politique indépendante et "compagnon de route" des communistes tunisiens. Il présida ainsi une liste indépendante formée de progressistes et de communistes à l’occasion des premières élections législatives de 1959.

En outre, il devenait le premier Président du « Comité Tunisien pour la Liberté et la Paix » et lança en décembre 1960 avec Abdelhamid BEN MUSTAPHA du Parti Communiste Tunisien et d'autres intellectuels de gauche le mensuel " La Tribune du Progrès". Deux années après sa parution, le journal était suspendu et le Docteur S. Ben Slimane, qui publia un article sur "le Palais de Carthage et le pouvoir personnel", allait comparaître en justice pour "appel à la sédition".

En 1967, il s'engageait du côté du Mouvement de libération Vietnamien et tentait de mobiliser l'opinion tunisienne contre l'intervention américaine en présidant le « Comité de Solidarité avec le peuple vietnamien ». La sanction ne tarda pas puisqu'il était renvoyé du poste de médecin qu'il occupait à l'hôpital Habib Thameur.

L’exclusion en mars 1950 de Ben Slimane du Néo-Destour allait le libérer de ses attaches partisanes mais sans entamer son désir et sa volonté de continuer à lutter pour les idéaux qui avaient été les siens depuis sa jeunesse. 

Son nouveau statut politique de personnalité indépendante facilitait une proximité plus prononcée avec les communistes tunisiens, les intellectuels et les artistes progressistes.

« JE NE SUIS NI BOURGUIBA – PHILE NI BOURGUIBA – PHOBE »

Les expériences vécues à Zaghouan, à Sadiki puis à Paris ont construit le pilier central de l’identité de Ben Slimane autour de trois principes : l’éthique, la liberté et l’insoumission.

C’est à partir de cette ligne de conduite inamovible que Ben Slimane a conduit son itinéraire de militant.

Une place particulière était occupée par les rapports complexes, ambigus et difficiles qu’il avait entretenus avec Bourguiba. Ils avaient marqué incontestablement son itinéraire politique et peut être sa vie tout court.

L’exclusion de Ben Slimane du Néo-Destour n’avait pas mis un terme aux relations entre les deux hommes. A plusieurs reprises, Bourguiba demandait à voir ou recevoir Ben Slimane qui répondait favorablement et rencontrait son « ami » des années de braise.

Ces rencontres étaient marqués par des moments forts d’amitié et d’affection sincères mais également d’échanges tendus quand survenaient les questions délicates de démocratie et des libertés en Tunisie.

La personnalité de Ben Slimane droite, rigoureuse et intransigeante sur les questions de principe l’avait toujours poussé à refuser le caractère dominateur et autoritaire de Bourguiba. Il ne s’agissait pas d’une rivalité de leadership qui était très éloignée des aspirations et désirs de Ben Slimane. Il s’agissait plutôt de ne pas céder au regard de ces idéaux et principes même s’il s’agissait de Bourguiba, le Président de la République et le « Combattant Suprême ».

CONCLUSION

J’ai, dans mes rêves les plus fous, cru que « la révolution tunisienne du 14 janvier » allait se souvenir du Président de la 1ère liste indépendante aux élections de la Constituante de 1956, le Directeur du 1er mensuel légal de l’opposition démocratique et progressiste « la Tribune du Progrès ». La Transition démocratique et ses « Messieurs qu’on nomme grands » m’ont vite fait déchanter. Je me suis vite alors souvenu de cette citation que Ben Slimane me rappelait souvent « la révolution dévore ses propres enfants » ; j’y ajouterais « et même ses parents ».

 

samedi 20 novembre 2021

Biographie de Moncef Ben Slimane

 Moncef BEN SLIMANE est né à Bab – Jedid, un quartier périphérique de la médina de Tunis.

Son père, Docteur Slimane BEN SLIMANE , ophtalmologue est une figure illustre de la lutte pour l’indépendance et du mouvement démocratique en Tunisie.

Sa mère, Zohra OUALI, assistante sociale, fut membre de la direction de l’Union des Femmes de la Tunisie, une organisation féministe proche du Parti Communiste Tunisien.


La famille BEN SLIMANE est d’origine de Zaghouan. Toutefois, une recherche généalogique et universitaire l’associe à la tribu Berbère – Amazigh de « Khoms Tifef » dont le territoire se situe au « Jbel Ousselat » (province de Kairouan).



La fraction tribale des Ben Slimane se trouva impliqua entre 1735 et 1762 dans le conflit qui s’opposa Hussein Bey et Ali Pacha. Ayant fait alliance avec le camp perdant des « Bachias », ils connurent le même sort que celui des tribunes montagnardes du Jbel Ousselat qui fut vider de sa population contrainte, en 1762, de s’éparpiller en divers endroits de la régence.  Probablement à cette époque que les Ben Slimane s’installèrent à Zaghouan

 

CURSUS SCOLAIRE ET UNIVERSITAIRE 

Moncef BEN SLIMANE a poursuivi ses études primaires et secondaires (1955 – 1967) au collège Sadiki.



Il s’inscrit par la suite à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines du 9 Avril où il obtient une maîtrise en Sociologie (1973). Il soutiendra en 1984 une thèse en sociologie urbaine.

Il fait ses premiers pas dans l’enseignement au sein de l’Ecole Nationale d’Architecture et d’Urbanisme (1976 – 2012) ) où il développe un cours d’Anthropologie de l’espace  et un cours de sociologie urbaine.

Il dirigea le département urbanisme et fut élu entre (2000 - 2004) Président de l’Association pour la Promotion de l’Enseignement et de la Recherche en Aménagement et Urbanisme .

Ses travaux de recherche et publications les plus importants ont porté sur la sociologie de l’habitat  et le patrimoine urbain .

ACTIVITES SYNDICALES, POLITIQUES ET ASSOCIATIVES

Dès sa première année d’étudiant, il adhéra et fut élu membre d’une section de l’Union Générale des Etudiants Tunisiens. Il participa en février 1970 aux manifestations estudiantines de soutien à la cause Palestinienne et de protestation contre la visite du secrétaire d’Etat américain William ROGERS en Tunisie. Il fut arrêté durant 10 jours à la prison civile de Tunis en compagnie d’une trentaine de militants de l’UGET.

La crise entre le régime de Bourguiba et la jeunesse estudiantine atteint son paroxysme avec le « mouvement de Février 1972 » et suite au coup de force organisé par le Parti Socialiste Destourien contre le 18ème Congrès de l’UGET.


L’implication de Moncef BEN SLIMANE dans les luttes syndicales à l’université lui valut une incorporation dans l’armée pour effectuer une année de service militaire (1973) par mesure disciplinaire, en compagnie d’une cinquantaine de responsable de l’UGET.



Dès le début de sa carrière d’enseignant – chercheur de l’enseignement supérieur, Moncef BEN SLIMANE adhère (1976) à l’Union Générale des Travailleurs en Tunisie (UGTT).

Il milite au sein du Syndicat National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (SNESRS) dont il devient le secrétaire Général en 1984.

Durant l’année 1985, le SNESRS organisa un nombre de grèves et de sit-in devant le Ministère de l’Enseignement Supérieur en vue de faire aboutir les revendications salariales des Universitaires.

Cette situation génère une tension et affrontements avec la Ministre de l’époque, Abdelaziz BEN DHIA, dont Moncef BEN SLIMANE fut l’une des cibles principales :

·    9 Novembre 1985 : Traduction devant le conseil de discipline accusé d’avoir interrompu une communication téléphonique entre lui et l’un des attachés du cabinet du Ministre.

·        25 Janvier 1986 : Notification de la décision de révocation de l’université

·        26 Janvier 1986 : Interdiction de voyage et retrait du passeport  

·        18 Février 1986 : Mise en résidence surveillée

·        26 Avril 1986 : Réunion de la commission administrative du SNERS et adoption d’une « notion » de dénonciation des événements tragiques qui ont eu lieu sur le campus universitaire

·        14 Mai 1986 : Arrestation dans les locaux de la police politique avec interrogatoire quotidien pendant 8 jours

·        4 Juin 1986 : Traduction en justice pour diffamation à l’égard des instances officielles et de l’ordre public en vertu des articles 50 et 51 du code de la presse et sur la seule base de la notion de la C.A du 26 Avril 1986

·        14 Juin 1986 : Condamnation à une année de prison.

A      A la suite du coup d’Etat du 7 Novembre 1987, le nouveau président Zine el Abidine BEN ALI proclama une amnistie générale des syndicalistes de l’UGTT. Moncef BEN SLIMANE recouvra son poste d’enseignant à l’ENAU et reprit ses activités syndicales.



Durant toute cette période militante, il publia un certain nombre d’analyses , diagnostics  et d’articles journalistiques sur l’université et la réforme de l’enseignement supérieur  – QUESTION PALESTINIENNE ET « NORMALISATION » avec ISRAEL.

A la suite de la signature en accords d’Oslo en 1993, Moncef Ben Slimane prit l’initiative avec quelques personnalités et activistes démocrates et de gauche, d’une déclaration de soutien à ces accords.



Cette position et ses actions de défense des membres de la communauté juive tunisienne quand ils sont victimes d’exactions, firent de Moncef Ben Slimane une cible privilégiée des campagnes de dénigrement menés conjointement par des journalistes et des milieux proches de la police politique et des nationalistes arabes au nom de la lutte contre « la normalisation avec Israël. »

 

AFFAIRE DU RASSEMBLEMENT SOCIALISTE

Le procès – 9 juillet 1986 : 14 personnes dont 8 membres du R.S.P comparaissent devant le Tribunal de Première Instance de Tunis, inculpés du chef de « maintien d’association illégale », soit l’article 30 de la loi du 7 novembre 1959 sur les associations.

On ne connaît pas à Moncef Ben Slimane une appartenance politique partisane.

Tout en étant indépendant et sans aucun lieu avec le RSP, ceci ne lui évita pas une condamnation à 4 années de prison.

Les condamnations du groupe des 14 n’ont jamais été appliquées suite à la reconnaissance par le régime du RSP en tant que parti légal.

ACTIVISME ASSOCIATIF

La révolution tunisienne du 14 janvier 2011  créa un contexte favorable à l’éclosion d’initiatives de regroupement des militants et activistes de la société civile.

Moncef Ben Slimane avec un groupe d’ami(e)s créèrent l’association Lam Echaml   le 29 Avril 2011.

Lam Echaml s’est choisi pour socle de valeurs : le régime républicain, l’égalité totale entre les femmes et les hommes, le respect des libertés individuelles et publiques et le droit à la différence et la liberté de conscience, la séparation entre la religion et la politique, l’attachement au patrimoine et à la civilisation Tunisienne, l’attachement à la culture de la non-violence et à la défense de l’environnement.

Lam Echaml est un espace d’information et de formation en matière de droits de l’Homme, éducation civique et électorale, d’égalité du genre, de la citoyenneté et un lieu d’échanges culturels.





Depuis sa création, l’association Lam Echaml a mis en place plusieurs projets, s’inscrivant dans le cadre de la sensibilisation et de l’incitation au vote, la démocratie participative, la décentralisation, la défense des minorités et la promotion de l’égalité du genre au niveau local.


Après la révolution tunisienne, Moncef Ben SLIMANE continua à s’intéresser aux questions politiques et aux mouvements pour la citoyenneté et la démocratie. En lui compte un certain nombre de contribution et d’articles.

Liens vers articles Moncef Ben Slimane

 https //omct-tunisie.org/dc_storytelling/moncef-ben-slimane/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Slimane_Ben_Slimane

https://www.slimane-ben-slimane.com/

https://www.leaders.com.tn/article/26164-moncef-ben-slimane-la-meforme-universitaire

https://www.leaders.com.tn/article/26628-moncef-ben-slimane-le-statut-des-universitaires-est-caduc-dirait-l-autre

https://www.leaders.com.tn/article/26276-moncef-ben-slimane-la-reforme-universitaire-est-mal-partie

https://www.webmanagercenter.com/2014/06/28/151905/societe-les-faces-cachees-de-la-corruption-dans-le-milieu-universitaire-tunisien/

http://www.lamechaml.org/

https://www.youtube.com/channel/UCvbCR9hrpgReaoc1yhAd4vQ

https://www.facebook.com/lamechaml

https://www.leaders.com.tn/article/28290-moncef-ben-slimane-kais-saied-envoie-la-transition-democratique-au-placard 

https://www.espacemanager.com/le-president-les-400-larrons-et-la-transition.html 

https://www.leaders.com.tn/article/16709-le-patrimoine-de-l-eradication-islamiste-a-la-manipulation-islamophobe

http://kapitalis.com/tunisie/2019/10/11/kais-saied-candidat-de-grande-qualite-avec-un-grand-defaut/

 https://www.leaders.com.tn/article/31234-moncef-ben-slimane-piratage-d-une-revolution-et-hameconnage-d-un president 

http://kapitalis.com/tunisie/2021/08/03/tunisie-lam-echaml-soutient-les-mesures-exceptionnelles-annoncees-par-kais-saied/ 

https://www.leaders.com.tn/article/27930-moncef-ben-slimane-je-vote-utile-et-blanc

vendredi 19 novembre 2021

Les jeunes, Kais Saied et les Autres

 

A l’instar des observateurs de la scène politique tunisienne, notre association Lam Echaml fut surprise par les résultats des élections de 2019. Il nous a donc paru nécessaire d’entreprendre une étude[1] à laquelle une partie a tenté de répondre à une question que s’est souvent posée l’opinion publique : quelles sont les motivations et les facteurs qui ont poussé une majorité des jeunes à voter Kais Saied aux élections de 2019 ?

Plus de 4000 jeunes des deux sexes ont été interrogés dans les 24 gouvernorats de la République.

Cette étude a pu être menée à bon port grâce au soutien de l’Union Européenne et à la collaboration des experts[2], et des enquêteurs/enquêtrices de Lam Echaml.

Une décennie de rupture des jeunes avec la classe politique et l’Etat :

Les élections de 2011, les premières libres dans une Tunisie débarrassée de son régime autoritaire, étaient marquées par une forte participation de la population, d’une part, et une abstention sensible des jeunes, d’autre part. 

Selon notre enquête, cette forte abstention aux élections reflétant les faibles niveaux de participation politique des jeunes, est l’un des multiples paradoxes d’une révolution qui avait été initiée par eux, mais vite subtilisée par les «vieux»[3] politiciens. Pour autant, la faible réponse des pouvoirs établis après 2011 aux revendications des jeunes n’a fait que consolider la rupture entre ces derniers, la classe dirigeante et les instituions de l’Etat.

Les différents gouvernements qui se sont succédé au cours de cette décennie n’ont pas réussi à mettre un terme à la persistance du chômage, à l’aggravation de l’injustice sociale et à la corruption.

 

Les jeunes, Facebook et les élections de 2019 :

Le rendez-vous électoral de 2019 s’est distingué par une forte activité des jeunes sur les réseaux sociaux. L’enquête a d’abord noté que tous les candidats n’ont pas été suivis avec la même ampleur sur Facebook. K. Saied a bénéficié du suivi le plus régulier, suivi de S. Said (8,2%) N. Karoui (6,1%).

Pour K. Saied, ce sont les jeunes des classes moyennes qui l’ont le plus suivi régulièrement sur Facebook. Pour N. Karoui, A. Moussi, Y. Chahed et S. Said, ce sont, au contraire, les jeunes issues des classes supérieurs à la moyenne qui les ont suivis régulièrement.

Le suivi régulier sur Facebook est plus marqué pour ceux qui ont un engagement politique citoyen, alors que le niveau d’instruction n’a pas l’air d’avoir eu un impact sur cette activité.

Quel profil de président les jeunes tunisiens souhaitent-ils ?

Selon les jeunes interrogés, l’intégrité est la première qualité souhaitée pour un président[4]. Ce choix reflète en quelque sorte les problèmes que vit le pays, à savoir : l’extension de la corruption sur tout le territoire.

Les difficultés à gérer les affaires de l’Etat et les problèmes de gouvernance ont conduit les jeunes à choisir l’expérience dans l’exercice des fonctions étatiques comme seconde qualité[5].

Le marasme économique dans lequel le pays s’est enlisé, a amené presque 1/5ème des jeunes à choisir comme troisième qualité : un candidat qui a un programme économique.

Très peu de jeunes ont mentionné l’appartenance à un parti au pouvoir ou à un parti d’opposition.

Malgré le fait qu’on ait observé une forme de régionalisme dans le vote, le choix d’un candidat de la même région n’apparait pas comme qualité importante[6]. Cependant l’appartenance régionale du candidat pèse dans l’orientation du vote sensiblement dans le Nord et le Centre et un peu moins dans le Sud.

Il est intéressant de noter également que la religion a une très faible influence sur les jeunes (2,4%) pour le choix du candidat à la présidence.

Les surprises du second tour des élections de 2019

Le second tour des élections présidentielles a confirmé la forte victoire de K. Saied. Les résultats de l’enquête montrent que 88,7% des jeunes ont voté pour lui et 12,3% pour N. Karoui. Ces résultats sont comparables à ceux trouvés dans les enquêtes menées à la sortie des urnes et qui ont indiqué que 90% des jeunes âgés de 18 à 25 ans ont voté pour K. Saied. Ceux qui ont voté pour lui au premier tour ont renouvelé le même vote (93,5%).

Une année après comment les jeunes jugent-ils l’exercice de K. Saied ?

Après une année à la tête de l’Etat, l’évaluation par les jeunes des performances du Président K. Saied soulève un certain nombre de questions.

Un peu plus du quart des jeunes enquêtés pensent que l’exercice du Président de la République est de bonne qualité, presque la moitié la juge moyenne et le quart qui reste la trouve plutôt mauvaise. Est-ce le signe d’une déception politique ? Est-il assez tôt pour juger des performances de K. Saied ?

 Le croisement de cette évaluation selon le candidat pour qui le jeune a voté au premier tour va nous renseigner davantage.

Dans la cohorte des déçus de K. Saied, les plus négatifs sont ceux qui ont voté pour N. Karoui, A. Mourou, Y. Chahed et S. Makhlouf au premier tour. Par contre 27% des jeunes qui ont voté M. Abbou pensent que les performances du Président sont bonnes alors que 17,6% les jugent plutôt mauvaises. Ces pourcentages sont respectivement de 31,8% et 19,2% pour ceux qui ont voté pour L. Mraihi, et 18,7% et 19,6% pour les électeurs de S. Said.

Une année après : Sont-ils prêts à voter pour les mêmes candidats une secondefois ?

L’enquête de Lam Echaml a cherché à savoir pour qui voteraient les jeunes au cas où des élections se tiendraient aujourd’hui (Décembre 2020). Presque un quart des enquêté(e)s (26,3%) s’abstiendrait et un autre quart (24,6%) est composé d’indécis et ne savent pas pour qui ils vont voter. Pour le reste la majorité voterait pour K. Saied (21,7%), A. Moussi (4,4%) et S. Said (4,8%).

On notera donc que K. Saied n’a pas pu, au cours de cette première année de sa présidence, fidéliser ceux qui sont venus renforcer son électorat au second tour.

La structure du vote (si les élections se tenaient aujourd’hui) semble figée car une grande partie des jeunes qui ont voté pour A. Moussi, N. Karoui, K. Saied et S. Said ne seraient pas enclins à accorder leur voix à un autre candidat, alors que nombre d’entre eux, demeureraient hésitants, ne sachant pas pour qui ils accorderaient leur voix ou même s’ils prendraient la peine d’aller voter.

En conclusion on peut dire que les jeunes vivent l’injustice au quotidien, en plus de leur exclusion sociale, économique et politique, ils sont exposés à différentes formes de violence comme la « Hogra », la violence verbale et physique et la corruption.

Le plus inquiétant, c’est qu’un grand nombre de jeunes pour échapper à leur marginalisation, sont prêt à courir tous les risques. Beaucoup ont déclaré avoir pensé à la « Harga » (la migration clandestine).

En tête de leurs préoccupations, les jeunes placent le travail et la famille avant la religion, la patrie et la politique.

Les attitudes des jeunes vis-à-vis de l’égalité des sexes restent en deçà du niveau souhaité. Parmi les enquêté(e)s plusieurs ont répondu que ce n’était pas une question importante pour eux.

L’étude s’est également intéressée à la question de la séparation entre la religion et la politique : la moitié des jeunes pensent que cette séparation est nécessaire alors qu’un peu plus que le quart d’entre eux ne l’acceptent pas. Cela ne veut pas dire que le principe de laïcité est compris et assumé.

Concernant la répartition des richesses, une minorité de jeunes la juge équitable. Par contre les 2/3 soutiennent que l’essentiel des ressources sont entre les mains de quelques privilégiés.

Cette perception de la société tunisienne n’empêche nullement qu’un grand nombre de jeunes restent optimistes quant à l’existence de solutions pour améliorer les conditions de vie de la population en Tunisie.

L’étude a abordé également un sujet d’actualité : la position des jeunes vis-à-vis des élites et des partis politiques. Les résultats de l’enquête ont montré qu’une grande majorité (les 2/3) des jeunes est contre eux. La déception des jeunes tunisien(ne)s a, dix ans après la révolution, a atteint des proportions inquiétantes, puisque le tiers des enquêté(e)s (appartenant à tous les niveaux d’instruction) pense que la démocratie ne convient pas au pays.

Enfin, les événements du 25 Juillet 2021 qui furent l’expression de la colère des jeunes tunisiens, corroborent ce que l’étude de Lam Echaml a signalé plus d’une année avant : peu de jeunes sont intéressés par la politique, mais ce désintéressement ne veut pas dire la non-participation à l’action politique, citoyenne de protestation qui les attire de par sa spontanéité, son caractère non organisé et quelquefois anarchique. Elle leur donne l’occasion de faire de la politique d’une autre manière.

 




[1] Rapport de Lam Echaml sur: « Enquête sur les déterminants du vote des jeunes tunisiens aux élections de 2019 » (Novembre 2020).

[2] Lam Echaml remercie vivement MM Hafedh Chkir et Ahmed Mzoughi pour le pilotage de cette étude.

[3]Seuls 4% des membres de l’ANC étaient âgés de moins de 30 ans et 17% étaient âgés entre 30 et 40 ans

[4](32,8%) des jeunes l’ont cité en premier.

[5]28,1% pour le total des deux sexes mais beaucoup plus pour les femmes (32,9%) que pour les hommes (23,4%).

[6]Uniquement 4,5% des jeunes l’ont mentionné comme qualité première